Le 5 août 2025, les Corbières s’embrasent. En quelques jours, près de 17 000 hectares de cultures et de végétation sont ravagés par les flammes. Le vignoble, cultivé en bio, du Domaine les Cascades, situé sur la commune de Ribaute, près de Narbonne, part en fumée. Installés depuis quinze ans, Laurent et Sylvie Bachevillier ne se découragent cependant pas et engagent la replantation d’un nouveau vignoble résilient à la sécheresse. Récit d’une reconstruction.
Après l’incendie, comment est venue la décision de replanter ?
– À l’origine, nous nous étions imposés de ne pas avoir de voisins, d’où notre installation dans un domaine au milieu d’une pinède. Ce qu’on pensait être un avantage s’est retourné contre nous car rien n’a pu stopper la progression du feu. Forcément, après coup, on s’est demandé ce qu’on allait faire. Mais il y a eu un grand élan de solidarité autour de nous : beaucoup de monde nous a aidés, une cagnotte et des dons nous ont permis de racheter des vignes, on a aussi reçu des propositions de vignes en fermage pour ne pas faire une année blanche. Et puis, comme notre vie est dédiée à ça, on a pris la décision de replanter ! On a déjà replanté un hectare cette année, auquel s’ajouteront deux hectares et demi l’année prochaine.

Comment concilier bio et prévention incendie dans cette replantation ?
– On replante en cherchant la résistance maximale à la sécheresse, notamment avec l’hydrologie régénérative : l’idée est de récupérer l’eau des bassins versants et de la laisser s’infiltrer dans les parcelles qu’on replante. On anticipe dès maintenant le stress hydrique plutôt que de le subir, en aménageant directement les parcelles. Ça va de pair avec le choix de cépages résistants, comme le Souvignier Gris, la Counoise ou le Verdejo, réputés pour bien tenir la sécheresse, même si ça reste à éprouver sur notre terroir. On s’attend bien sûr à ce que certains prennent mieux que d’autres !
Le feu a-t-il changé votre manière de travailler les sols au quotidien ?
– Les sols s’en sortent déjà plutôt bien, le feu ne leur a pas forcément fait de mal, on constate même qu’il les reminéralise. Ça fait seize ans qu’ils sont en bio, ça a sûrement aidé ! Depuis le début, on fait attention à ne pas trop remuer les couches, à respecter au maximum la vie du sol, à ne pas trop retourner ni gratter. Aujourd’hui, tout en continuant à suivre le cahier des charges du bio, on adapte certaines pratiques. Par exemple, on a constaté que l’herbe conduit le feu, alors que la terre battue agit comme du béton et l’arrête. Du coup, on replante aussi sur des pergolas, pour pouvoir mettre les animaux en pâture toute l’année en dessous, même en été, et garder l’herbe à ras, avec des bandes coupe-feu en plus.”
Qu’en est-il des autres cultures ?
– Du côté des oliviers et des truffiers, ça va être long à repousser, trop long pour que ça vaille la peine. S’il faut attendre quinze ans, ça nous amène à l’âge de la retraite ! On est aussi en pleine réflexion pour quatre hectares de vignes isolés dans la garrigue. On pourrait refaire ce qu’on faisait avant, mais est-ce qu’on a vraiment envie de reprendre le risque ? C’est encore trop tôt pour le dire.
