Enraciné dans le Cru Boutenac, le Château Ollieux Romanis est à l’origine du projet Artisans Partisans, qui met en lumière plusieurs terroirs et appellations emblématiques du Languedoc. Certifié en agriculture biologique depuis vingt millésimes, le domaine place au cœur battant de son projet l’équilibre global du vignoble. Rencontre avec cette équipe de “faiseurs de vin et de passeurs de culture”, qui parle d’une seule voix pour ouvrir la voie.
Qu’est-ce qui a motivé la conversion en bio du domaine ?
– Ce choix du bio s’est imposé assez naturellement car nous appliquions déjà une grande partie de ces pratiques dans les vignes depuis plusieurs années. Dès 2003, nous avons commencé à travailler nos vinifications en levures indigènes, sans ajout de sulfites pendant la vinification jusqu’à la mise en bouteille, ou seulement une dose minimale si nécessaire, nous souhaitons donc élargir cette démarche à la conduite du vignoble. Notre vision a toujours été de produire des vins les plus sincères possibles, avec le moins d’artifices, afin de laisser parler le terroir, le millésime et le vivant.
Avec le recul, qu’est-ce que la viticulture bio a changé pour les vignes, les sols, le vin ?
– Nous voyons surtout des sols beaucoup plus vivants et résilients ! Au-delà du bio, nous travaillons énormément autour de l’agroforesterie, de la biodiversité et de la régénération des écosystèmes : replantation de haies, d’arbres méditerranéens, couverts végétaux, féveroles, etc. Nous avons aussi réintroduit les moutons autour et dans certaines parcelles. Cela permet naturellement d’entretenir les sols, de nourrir la terre, mais aussi aujourd’hui de limiter la propagation des feux éventuels, ce qui prend évidemment une importance particulière quand on voit ce qu’il s’est passé l’été dernier dans notre région. Dans les vins, cela se traduit par davantage d’équilibre, de fraîcheur et une expression plus précise des terroirs. Cela résonne bien sûr avec notre travail pour obtenir des vins digestes, vivants, avec de la buvabilité et moins de concentration excessive.
Le domaine bénéficie d’un microclimat particulier. Dans quelle mesure cela constitue-t-il un atout pour conduire le vignoble en bio ?
– À Ollieux Romanis, nous bénéficions d’un climat méditerranéen assez idéal pour conduire la vigne en bio. Les nuits restent fraîches grâce à l’influence de la Méditerranée, ce qui permet de conserver de la fraîcheur dans les raisins, tandis que les vents du nord viennent assécher naturellement l’humidité et limiter les pressions sanitaires. La pluralité des sols joue également énormément dans l’identité des vins : grès, galets roulés, argiles, calcaires… chaque terroir apporte une expression différente.

Vous menez notamment une expérimentation autour d’une parcelle conduite en treille. Quels premiers résultats avez-vous observés ?
– La parcelle en treille est née d’une réflexion autour du changement climatique et de notre volonté de remettre davantage l’humain dans la vigne, avec moins de mécanisation et plus d’observation. Le système de treille permet de créer naturellement davantage d’ombre autour des grappes, ce qui limite fortement les brûlures et le stress hydrique. Nous observons aussi une maturation plus lente et plus équilibrée. C’est une expérimentation très intéressante dans notre contexte méditerranéen, et aussi une façon de repenser la viticulture de demain avec des pratiques plus douces et plus résilientes.
Avez-vous d’autres pratiques à l’essai ?
– Oui, nous sommes actuellement en transition progressive vers la biodynamie, avec l’envie d’aller encore plus loin dans l’observation du vivant et l’équilibre global du vignoble. Nous travaillons aussi beaucoup sur les cépages adaptés au changement climatique. Nous replantons du cinsault depuis quelques années, un cépage que nous trouvons particulièrement intéressant aujourd’hui car il résiste bien à la chaleur tout en permettant de produire des vins rouges frais, élégants et peu alcooleux. Nous poursuivons également des travaux sur des cépages résistants et des pratiques agricoles plus autonomes et moins interventionnistes. Nous développons également un conservatoire du mauzac, avec plusieurs clones historiques de ce cépage emblématique du terroir de Limoux afin de préserver sa diversité génétique.
« Notre volonté est de remettre davantage l’humain dans la vigne, avec moins de mécanisation et plus d’observation »
Certaines de vos cuvées ont été distinguées au Challenge Millésime BIO. Pour vous, qualité des vins et viticulture biologique sont-elles intrinsèquement liées ?
– Pour nous, les pratiques mises en place dans les vignes comme dans la cave permettent surtout d’assurer une qualité optimale du raisin. Cette approche nous aide aussi à produire des vins qui correspondent davantage aux attentes des consommateurs d’aujourd’hui : des vins plus frais, moins concentrés, avec des degrés plus modérés et une grande buvabilité. Le bio, les levures indigènes, les vinifications peu interventionnistes ou encore le travail sur les équilibres naturels ne sont pas des objectifs en soi, mais des outils qui nous permettent de produire des vins plus précis, plus digestes et plus fidèles à leur origine. Les distinctions obtenues sont évidemment une belle reconnaissance, mais elles viennent surtout confirmer qu’il est possible d’allier engagement environnemental, identité des terroirs et plaisir du vin.